EDWIN FAUTHOUX-KRESSER

LE CAS DE LA VIENNE ROUGE

work in progress

Initié en 2015, ce travail photographique s’attache à explorer les formes contemporaines d’une utopie politique qui a vu le jour il y a cent ans dans ce qui était alors la capitale de l’Europe Centrale : Vienne. Le cas de la Vienne Rouge est celui d’un projet politique radical, dont la singularité est de s’être poursuivi jusqu’à ce début de XXIe siècle, constituant le témoignage rare et troublant d’une utopie sociale et architecturale encore active, avec ses mutations, ses contradictions, ses tensions.

En 1919, au lendemain de la guerre, la ville de Vienne, devenue brusquement l’immense capitale d’un petit pays, voit arriver au pouvoir des dirigeants socialistes radicaux se revendiquant d’une idéologie austromarxiste. Alors que le pays lui-même bascule peu à peu dans le fascisme, la ville de Vienne, avec ses deux millions d’habitants, reste entre les mains des Rouges. En quelques années et à l’aide d’une politique fiscale très incisive, ils mettent en place à l’échelle municipale un mode de vie nouveau qui entend résoudre les crises humanitaires et sociales et redonner une place centrale à ses travailleurs. D’imposants ensembles architecturaux sont bâtis, symboles d’une ville moderne qui place la santé, les loisirs et la culture au centre de la vie : bains publics, espaces verts, laveries automatiques, services médicaux, bibliothèque dans chaque bloc d’habitation. Une communication intensive accompagne ces évolutions, qui emportent alors l’adhésion de la population et sont prises comme exemple à l’international.

Cent ans plus tard, les bâtiments de la Vienne Rouge émaillent toujours la ville. Régulièrement rénovés, préservés dans leur forme et leur fonction originelle, ils sont reconnaissables entre mille avec leurs façades monumentales, leurs passages et leurs vastes cours intérieures. La structure même de ces bâtiments en fait des espaces de frottement, traversés par les tensions poétiques et politiques de notre époque.

Le cas de la Vienne Rouge est celui de la survivance d’une vision.
Équipé d’une chambre photographique, attentif au déploiement de ces espaces ainsi qu’à un temps humain et météorologique, j’ai tenté de recueillir cette vision, rythmée par des formes architecturales, des saisons, des regards.

Built with Indexhibit